Pas bouger.
River son esprit sur les persistances installées tout autour : le « tic-tac », le « plic-ploc », le « brrrrrr », le « vvvvvvvv »… Écouter la musique des vibrations, tout près puis plus loin.
Pas bouger.
Seulement les yeux qui guettent, roulant, tournant, pour percevoir les ombres. Le gris du plancher, le gris des murs, celui du chat. Des variations infinitésimales et frémissantes d’un tableau en camaïeu, toujours le même, soir après soir.
Cauchemardesque paralysie de l’atmosphère. Le grand silence d’avant le grand fracas. « Le calme avant la tempête », qu’on dit. Mais non. C’est une fausse paix, puisque les pensées ne sont pas aphones. Ca bruisse, là-dedans, dans le for intérieur. Dans le fort intérieur.
Pas bouger.
Sentir l’air refroidir et se figer, la pelisse du félin endormi contre la peau du bras et le doux du drap. La paralysie gagne les corps alourdis et pétrifiés.
Pas bouger.
Mais gouter l’effroi, la mélancolique répétition du scénario quotidien. Toutes les nuits, veiller dans une torpeur morne et crasse. Et le vouloir en plus ! Avoir la trouille du sommeil !
Dégonflarde ! Tu n’as qu’à permanoir dans ta frousse, tiens, puisque tu renâcles ! Alors que tu pourrais ployer, fléchir, t’enfoncer dans l’inconscience. Mais non ! Toujours n’en faire qu’à ta tête… Puérile doxa de résistance.
Parce que… Que fait le monde sans nous, si l’on sombre ?
Élodie Bertholomé